So Long Mamy…

Jeudi 17 janvier 2013 - Commentaires fermés

Mamy va me manquer.

Ce n’est pas MA mamy. Elle ne me connait pas, sinon de vue les rares fois où elle a daigné lever les yeux vers moi alors qu’elle épiait les passants du haut de la fenêtre de son salon au premier étage de l’immeuble d’en face. Mamy c’est cette voisine muette, à la vie paisible troublée seulement par les visites régulières du médecin le lundi, de la pédicure du mercredi et de la femme de ménage le jeudi. Puis il y a aussi les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants en de très clairsemées occasions festives.

Comme ce matin aux environs de Noël pour lequel mamy avait consciencieusement préparé une magnifique table, ressortant des placards emplis de naphtaline ses plus beaux napperons, son service fleuri hors de prix et ses flutes en cristal minutieusement astiquées. Tout était prêt. les cadeaux avaient été soigneusement emballés dans du papier soyeux et doré, enrubannés de petits nœuds vermeils. Les serviettes de table avaient été pliées et amidonnées singeant le cygne comme jamais. Nadine de Rothschild en aurait pleuré d’admiration.

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Oui, tout était fin prêt. … Pour le lendemain. … Au soir. Deux heures montre en main, c’est ce qu’il a fallu à sa famille pour dévorer, déballer, salir puis repartir. Pas même le temps de bailler. La digestion se ferait chacun chez soi. Et Mamy, elle avait juste l’air heureux des gens qui n’attende plus grand chose de la vie.

Never rode my bike down to the sea.

Vendredi 11 janvier 2013 - Commentaires fermés

Aujourd’hui, je déménage. Dans quelques heures en fait. Je suis sorti gagnant d’un tétris géant et peux aller dormir dans la sérénité.

J’habitais l’hyper-centre d’une petite ville et mon vitrage était simple. Entre la mélodie d’un carillon tous les quart d’heures, le vacarme des ivrognes au plus profond de la nuit et l’insécurité naissante ma petite dame, je ne suis pas mécontent de me mettre au vert.

Prochaine étape : une petite maison loin des activités marchandes et de leurs moindres prétextes à tout événement commercialement bruyant. J’ai les yeux qui plissent désormais. Nous y reviendrons. Bref, un minuscule jardin. Une boulangerie, une pharmacie à moins de cent mètres. Que demander de plus ? Je vais pouvoir écouter pousser ma barbe avec la quiétude d’un pensionné.

L’énormissime désavantage : m’astreindre dorénavant à prendre un bus supplémentaire et renoncer à mes allègres faufilages entre les chauffards. Mon Beach Cruiser presque neuf va rejoindre mon caleçon long et mes gants thermiques au placard des impossibles. Je suis un cycliste pratique et la détente sportive s’apparente à une perte de temps.

Le culte du corps ? J’en ai entendu parler, à peine un chuchotement, loin, à l’opposé de mes préoccupations.

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J’ai passé plus d’une demi-heure à déverser des centaines de bouteilles d’alcool divers, de pots de mayonnaise, et flacons en tout genre. La vacuité de près d’un an de vie en ville. Tout n’est pas que regret. Ce fut un bel endroit pour amorcer la trentaine et affronter les insomnies du paternage. Toutefois. Point final. A la ligne.

Edit : Heureusement je n’habite pas là-bas. Et ne retournerai plus jamais par-là !

A mask of self-hate

Jeudi 10 janvier 2013 - Commentaires fermés

atmosphere88

Fin décembre, emmitouflé dans mon écharpe, j’attendais le bus. il devait être approximativement 18h00 lorsque je vis arriver l’un de ces couples mal assortis qui nous pousse à décréter que l’un est trop bien pour l’autre. Ce n’est pas très sympathique mais la sentence germe automatiquement et reste sans appel tandis qu’on analyse les poids, les tailles, les défauts de chacun.

En l’occurrence, la fille était jolie, le garçon pas très.

J’en étais là, à ne pas me prendre pour n’importe qui lorsque le bus arriva. Fidèle à mon habitude, je me tenais tout au fond de manière à ne pas laisser quelqu’un me reluquer la nuque. Je déteste ça. Le couple, lui, avait investi une banquette et me faisait donc face. Dans la playlist spotify que j’écoutais alors, Atmosphere débutait, enveloppant d’une épaisse mélancolie ce trajet de sept minutes.

La lumière borgne du transport, la buée grasse tapissant les immenses vitres, la proximité des corps ouatés de laine. La bande originale d’un jeudi soir hivernal à souhait.

Lorsque mes yeux s’attardèrent à nouveau en toute discrétion sur ce vilain couple : la fille avait déposé la tête sur l’épaule de son conjoint qui regardait par la fenêtre le ballet on-ice de la circulation. Le regard vide, elle agrippait son portable comme s’il était son bien le plus précieux et des larmes roulaient sur ses joues en un flot continu, incessantes et brillantes, à l’instar d’une héroïne de japanim eighties.

Parfois, la tristesse des autres pare parfaitement les transports en commun, métamorphosant le plus simple trajet en une véritable vidéoclip.

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