Mamy va me manquer.
Ce n’est pas MA mamy. Elle ne me connait pas, sinon de vue les rares fois où elle a daigné lever les yeux vers moi alors qu’elle épiait les passants du haut de la fenêtre de son salon au premier étage de l’immeuble d’en face. Mamy c’est cette voisine muette, à la vie paisible troublée seulement par les visites régulières du médecin le lundi, de la pédicure du mercredi et de la femme de ménage le jeudi. Puis il y a aussi les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants en de très clairsemées occasions festives.
Comme ce matin aux environs de Noël pour lequel mamy avait consciencieusement préparé une magnifique table, ressortant des placards emplis de naphtaline ses plus beaux napperons, son service fleuri hors de prix et ses flutes en cristal minutieusement astiquées. Tout était prêt. les cadeaux avaient été soigneusement emballés dans du papier soyeux et doré, enrubannés de petits nœuds vermeils. Les serviettes de table avaient été pliées et amidonnées singeant le cygne comme jamais. Nadine de Rothschild en aurait pleuré d’admiration.
Oui, tout était fin prêt. … Pour le lendemain. … Au soir. Deux heures montre en main, c’est ce qu’il a fallu à sa famille pour dévorer, déballer, salir puis repartir. Pas même le temps de bailler. La digestion se ferait chacun chez soi. Et Mamy, elle avait juste l’air heureux des gens qui n’attende plus grand chose de la vie.


